mercredi 30 mai 2012

TROUBLES



  
TROUBLES








"Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards, ni patience"
(René Char)






AVERTISSEMENT
Compte tenu des heures, franchement nocturnes, qui sont celles de la  rédaction  de ce blog, de la possible consommation de substances  psychotropes par  le rédacteur avant la rédaction, et de  l'obsolescence    du matériel  informatique dont il s'obstine à faire  usage, il est inévitable que les  textes qui suivent soient émaillés  de fautes de  frappes, d'inattention,  d'orthographe, de grammaire et  de syntaxe. Le    rédacteur prie le lecteur,  et plus encore la  lectrice, de bien vouloir  l'en excuser. Et de l'en excuser  durablement, vu qu'il n'a aucune  intention de se plier bêtement  aux  rythmes circadiens communs, ni de  signer la temponne, ni de changer   de matériel informatique avant que le sien n'ait définitivement cessé  de  faire semblant de fonctionner.












Fonds de tiroir


« Pourquoi la traversée du Léman s'enlise à Berne ? », se demande « Le Temps » de samedi, à propos des réticences de la Confédération à financer le machin qui, en pont ou en tunnel, devrait relier à travers le Petit Lac le Vengeron et la Pointe à la Bise. Pour la modique somme d'au moins trois milliards de francs.  Réponse : parce que ce machin n'entre dans aucune des cases du fonds d'infrastructure qui devrait être mis à contribution : ce n'est ni un achèvement du réseau des routes nationales, ni un moyen d'éliminer un « goulet d'étranglement » du trafic, ni une réponse à un besoin de mobilité accru. Ou alors, si on croit les promoteurs du machin, c'est tout ça à la fois. Ou encore, il ne s'agirait que d'un projet d'agglomération tentant de se faire passer pour une infrastructure routière. Ou encore, pour nous, un gros gadget politicien très coûteux et très nuisible qu'on veut faire payer par la Confédération parce qu'à force de vider les caisses cantonales en accordant des cadeaux fiscaux, on n'a pas les moyens de se le payer soi-même. Une sorte de grosse Genferei bétonnée, quoi.

Et voilà, les fronts sont clarifiés et pour l'élection partielle au Conseil d'Etat genevois, le 17 juin prochain, y'a trois camps : la gauche, avec Anne Emery-Torracinta, la droite, avec Pierre Maudet, l'extrême-droite, avec Eric Stauffer. Et entre les tranchées zonent un vert libéral et un « pirate » qui vont compter un peu pour beurre, mais qui s'en foutent puisqu'ils sont là pour qu'on voie que leurs partis existent. Or donc, l'UDC appelle à voter pour le candidat du MCG, et renonce à la fois à présenter une candature qui soit la sienne, et à soutenir celle du PLR Pierre Maudet. Et le PLR n'est pas content, mais alors pas content du tout: il dénonce une action «impulsive et sournoise» de l'UDC et l'accuse d'avoir « vendu ses électeurs au plus offrant » (Alain-Dominique Mauris, président du PLR) dans une alliance que Maudet définit comme le résultat d'une « cuisine électorale». Ben oui, c'est de la cuisine électorale. A consommer pendant longtemps : les délégués de l'UDC ont entériné un accord électoral qui porte jusqu'en 2014 (échéance du mandat du procureur général Jornot, en passant par les élections générales au Grand Conseil, au Conseil d'Etat et à la Cour des Comptes). Et la présidente de l'UDC Céline Amaudruz a précisé qu'en cas d'élection de Pierre Maudet, Eric Bertinat serait candidat en Ville de Genève. Préparer un candidat en cas de moins en moins vraisemblable d'élection d'un autre candidat dont on savonne consciencieusement la planche pour qu'il ne soit pas élu, c'est excessivement précautionneux ou totalement hypocrite ?

Deux instituts de sondage français ont publié hier de nouveaux chiffres, obtenus après les tueries de Toulouse et de Montauban, d'inten tions de vote pour la présidentielle. Ces enquêtes d’opinion des instituts Ipsos et Ifop montrent que ces événements et leur gestion par le pouvoir ont peu d'impact sur les intentions de vote. Réalisé les 23 et 24 mars, au lendemain de l’assaut contre le tueur », le sondage Ipsos indique des intentions de vote quasiment stables pour François Hollande (28% à -0,5) et Nicolas Sarkozy (27,5%, inchangé) au premier tour. Le candidat de la gauche de la gauche Jean-Luc Mélenchon progresse davantage (+1,5 point en une semaine), à 13%, que la candidate de la droite de la droite, Marine Le Pen, qui occuperait toujours la troisième place avec 15,5% (+1%), mais un sondage précédent la plaçait derrière Jean-Luc Mélenchon. Effectué dans le même temps, le sondage Ifop place, lui, Nicolas Sarkozy en tête des intentions de vote au premier tour (28,5%), devant François Hollande (27%). Pour ce qui est du second tour, les chiffres d’Ipsos er de l’Ifop sont les mêmes. François Hollande reste en tête avec 54% contre 46% en faveur de Sarkozy (au lieu de 56% contre 44%). Alors comme ça, toute la récupération politique des assassinats de Toulouse et Montauban, ça a servi à rien ? 

Il est à Genève un centenaire qui mérite d'être classé au patrimoine : Jean de Toledo, encore président du holding qui coiffe les Pharmavies Principales et Visilab, et surtout partisan acharné, voire obsessionnel, de tout ce qui peut ressembler à un parking et à une traversée routière de la rade -mais le plus près possible du centre-ville (ben oui, quoi, les parkings que Jeannot veut construire en ville, il faut bien les remplir avec des bagnoles entrant en ville...). Bref, « avec un acteur important de la mobilité genevoise » (on en salive d'avance), il travaille à relancer (dans les pattes du Conseil d'Etat et du reste de la droite, qui militent pour une traversée du petit-lac, et pas de la rade) en tunnel (c'est bien suisse, ça, cacher les cochonneries sous le tapis), de Baby Plage à l'avenue de France... et c'est une très bonne idée. Pas en soi, évidemment (en soi, c'est une idée à la con), mais tactiquement. Parce que c'est comme ça que la dernière fois qu'elle a été soumise au peuple, la traversée de la rade a été balayée par le peuple : parce que les partisans d'un projet se sont opposés aux partisans d'un autre pendant que les adversaires des deux projets serraient les rangs. Alors si Jeannot veut plomber la traversée du petit-lac, faut lui donner un coup de main. Il la mérite, notre centenaire, cette solidarité intergénérationnelle.

Ainsi donc, il y aura à Paris mardi prochain trois manifestations du 1er Mai : Une manifestation unitaire des syndicats, pour la journée des travailleurs, une manifestation unitaire de Sarkozy pour Sarkozy, au nom du « vrai travail » (celui qui épuise et qui est mal payé), et une manifestation du Front National en l'honneur de Jeanne d'Arc, qui n'en peut mais et va devoir défendre férocement son pucelage. Rappelons que le 1er mai, dans le calendrier républicain, c'est le jour du sainfoin. Une sorte de mauvaise herbe, donc.

Notre ancien Procureur Général, l'ineffable Daniel Zappelli, s'exile. Démissionnaire au 31 mars, remplacépar Olivier Jornot, Zavatta s'installerait, selon « Le Temps », dans les Emirats Arabes Unis, comme consultant. « Je réoriente ma carrière, voilà tout », commente notre expatrié. dont un avocat genevois dit qu'il sera «beaucoup mieux là-bas qu'à Genève». On n'en doute pas. Mais l'Emirat étant un paradis fiscal, l'exil doré d'un ex-procureur général genevois « fait jaser », écrit « Le Temps », Et l’inextinguible Charles Poncet de s'interroger : «Vous voyez Bernard Bertossa s'installer à Palerme comme consultant ?». Non, on voit pas. Et encore moins qu'il y survive longtemps....

Utile rappel (chiffré) dans le magazine de l'ATE : alors que la Suisse a ces dernières années constamment étendu le réseau de ses routes et autoroutes, au prix de dizaines de milliards de francs (et pas des francs CFA...), et que les milieux bagnolards ne cessent d'expliquer que c'est le seul moyen de résorber les embouteillages, les bouchons ne cessent au contraire de croître, de se multiplier et de se diffuser : en un an, en 2010, ils ont augmenté de 34 % et atteignent presque 16'000 heures. En clair : plus on construit de routes pour les bagnoles, plus elles s'y entassent et s'y immobilisent... et plus le TCS et ses porte-voix politiques râlent pour qu'on construise de nouvelles routes... C'est comme pour les prisons, en fait...
La multinationale suisse du ciment Holcim, qui célèbre cette année son centenaire,  cultive en Suisse son image d'employeur exemplaire et prétend se conformer aux exigences éthiques les plus sévères («the highest level of ethical standards»). Mais partout ailleurs qu'en Suisse, les entreprises d'Holcim violent les droits nationaux du travail et les droits syndicaux garantis par les conventions de l'OIT, dégradent l'environnement de vie et la santé des populations habitant au voisinage de ses usines, ignorent les revendications des populations autochtones. Dans ses filiales indiennes, par exemple, ACC Limited et Ambuja Cement Limited, le groupe viole massivement les droits des travailleurs. Le 7 janvier 2012 le syndicat indien de la main-d'oeuvre temporaire PCSS a donc porté plainte contre Holcim auprès du point de contact national de l'OCDE en Suisse. Un manifeste, lancé par le réseau MultiWatch (www.multiwatch.ch) a été adressé à Holcim : il invite la multinationale à prouver par ses actes «qu'elle se soucie effectivement de durabilité et de responsabilité sociale», qu'elle respecte les normes fondamentales du travail, les droits syndicaux, les conventions de l'OIT et le droit des populations locales à être consultées sur l'implantation ou l'agrandissement des usines. Le manifeste demande également à Holcim de cesser de bousiller l'environnement en usant de produits polluants. On peut toujours signer le manifeste sur www.multiwatch.ch

La mort (oui, je sais, on doit dire la « disparition »...) du Conseiller municipal genevois, et Constituant, PDC Michel Chevrolet a suscité un tsunami de réactions lacrymales. Cet impressionnant déferlement, en lequel quelques vagues de sincérité méritent tout de même considération et empathie, nous remet opportunément en mémoire cette bonne vieille règle de l'hypocrisie sociale basique : les gens dans le dos duquel on crache de leur vivant deviennent des saints et des héros après leur mort.

Les gardiens et les éducateurs de la Clairière (la prison genevoise pour mineurs) dénoncent: cette prison est une passoire. En moins d'un an, treize évasions (de notre temps, on appelait ça des « fugues »...) ont eu lieu. Tous les évadés ont finalement été repris, mais certains ont pendant leur cavale commis de nouveaux délits. Il n'y a que huit gardiens à la Clairière, pour une vingtaine de détenus, et encore : il n'y a en fait, sur place, que deux ou trois gardiens en permanence, et les éducateurs aussi sont trop peu nombreux pour pouvoir faire leur boulot correctement, d'autant que les détenus doivent être sortis de leur cellule au moins huit heures par jour (et non une seule, comme les détenus majeurs de Champ-Dollon). Réponse de l'Office pénitentiaire ? On va installer des blocs préfabriqués dans l'enceinte de la Clairière pour en faire des ateliers, on va hausser les grillages  et on va donner aux éducateurs une formation sécuritaire. Et engager des éducateurs supplémentaires, ça n'est venu à l'idée de personne ? C'est trop bienpensant ? Bon, ben va pour les grillages, les blocs préfabriqués et la formation sécuritaire.... ça ne changera pas grand chose, voire rien du tout, mais on aura fait quelque chose. C'est fou ce que la gestion des prisons pour mineurs ressemble à Genève à celle des prisons pour majeurs...

« Le droit de vote des étrangers, l'arme ultime (de Sarkozy) contre François Hollande », titre la « Tribune » de jeudi. Accorder le droit de vote aux étrangers résidant légalement en France depuis au moins cinq ans est une vieille proposition socialiste, reprise et réaffirmée par François Hollande dans son programme présidentiel, et soutenue, selon les sondages, par 60 % des Français (et une majorité du Sénat, qui a adopté une proposition en ce sens). Sarkozy et ses porte-flingues pensent néanmoins avoir trouvé là l'arme fatale à utiliser pour ratisser le vote Front National. Le ministre de l'Intérieur, Guéant, a agité le spectre de «conseillers municipaux étrangers rendant obligatoire la viande halal à la cantine»... Trouver pire que la Constituante genevoise, ça rassure, non ?



mardi 29 mai 2012

Colombie : Les syndicalistes en première ligne


Le gouvernement colombien, et le président Juan Manuel Santos, prêchent les droits humains et se présentent comme leurs défenseurs, mais sur le terrain, le mouvement syndical vit au contraire l'absence de respect de ces droits, et subit les actions violentes, et parfois homicides, de ses adversaires. Le 15 février dernier, à Cali, le syndicaliste Afrain Amezquita, l'un des fondateurs du syndicat local des transports Sintramasivo, a été abattu en pleine rue, d'une balle dans la nuque, et les menaces de mort proférées par les groupes paramilitaires d'extrême-droite, liés au patronat,  pleuvent depuis sur les militants du syndicat et sur ceux de la direction de la centrale régionale de la CUT (centrale unitaire des travailleurs de Colombie). Dans les seuls mois de janvier et février, cinq syndicalistes colombiens ont été assassinés, dont deux dans la région de Valle del Cauca.

Soutenir la ténacité syndicale face au désastre social

Fermetures d'entreprises, délocalisations, licenciements, sur fond d'accords de libre-échange avec la Suisse, les Etats Unis et bientôt l'Union Européenne et la Corée du Sud : les travailleuses et les travailleurs colombiens vivent un véritable désastre social. Dans la région de Valle del Cauca, où 20'000 emplois ont été supprimés en 2011, où le taux de chômage est de 15 % et où des entreprises ferment en licenciant tout leur personnel, pour se recréer ensuite sous un autre nom en versant des salaires plus bas et en tenant les syndicats à distance, pour un salarié sous contrat normal, on compte trois intérimaires et cinq actifs dans le secteur informel... Les licenciements massifs, les fermetures d'entreprises, le précarité de l'emploi  fragilisent les syndicats, et leurs militants sont en butte aux intimidations, aux menaces et aux exactions des groupes paramilitaires. Les unions syndicales régionales de la CUT poursuivent néanmoins leur travail d'organisation et de défense des travailleurs, dans un pays où la violence physique est constamment utilisée contre le mouvement syndical : 49 syndicalistes ont été assassinés en Colombie en 2010, cinq dans les deux premiers mois de 2012, et de nombreux autres, dont le président de la CUT-Valle ont reçu des menaces de mort de la part de paramilitaires agissant en totale impunité.

La Suisse est d'ailleurs indirectement impliquée dans cette répression du mouvement syndical : le syndicaliste Luciano Romero, assassiné en 2005 à Valledupar, dans le nord-ouest du pays, s'est rappelé au bon souvenir de Nestlé, qui, selon le témoignage d'un paramilitaires, payait les groupes paramilitaires se livrant à la chasse aux syndicalistes. Une plainte pénale a  été déposée en Suisse sept ans plus tard, en mars dernier, contre Nestlé par le Centre européen pour les droits humains et constitutionnels.  Les multinationales actives en Colombie, dont Nestlé, mais aussi Glencore et Xstrata enfreignent systématiquement les lois en vigueur et méprisent totalement les droits garantis par les conventions de l'OIT, notamment les droits syndicaux et le droit aux négociations collectives. Les accords de libre échange passés (avec la Suisse et les Etats Unis en 2011) leur offrent en outre de véritables cadeaux : exemptions d'impôts et de taxes sur les importations, garanties des investissements et des brevets etc..., ce qui permet un véritable dumping écrasant les productions locales par des productions importées meilleur marché, le processus se traduisant par de nouvelles pertes d'emplois. C'est face à ce véritable désastre social que les syndicats colombiens ont à agir.

Leur ténacité, leurs efforts de construction d'un mouvement social unitaire avec d'autres organisations (indigènes, estudiantines, de victimes de la violence, de personnes déplacées) pour résister aux offensives de l'Etat, du patronat et des groupes paramilitaires, mérite notre solidarité :  Le SOLIFONDS  appelle, pour le 1er Mai, au soutien financier à la CUT, et à ses efforts d'organisation et de mobilisation des travailleurs pour la défense de leurs droits les plus élémentaires.
SOLIFONDS  www.solifonds.ch  - mail@solifonds - Compte Postal CP 80-7761-7

lundi 28 mai 2012

Fermeture de Merck Serono : Une mauvaise graisse : les salariés



Une multinationale célèbre à sa manière, avec une semaine d'avance, la Fête des Travailleurs : La filiale genevoise du groupe allemand Merck KGaA, Serono ferme (c'est le plus gros licenciement collectif jamais annoncé à Genève), en tout 1'250 emplois  passent à la trappe ou émigrent en Chine, en Allemagne ou dans le canton de Vaud.  Le Conseil d'Etat tombe des nues parle d'un "séisme" (ou d'un "tsunami", dans la version Unger) pour Genève, mais il y a des séismes prévisibles. Le sismographe du Conseil d'Etat devait être en panne : la multinationale allemande avait annoncé en février qu'elle allait supprimer des emplois, alors même qu'elle a fait plus de dix milliards d'euros de chiffre d'affaire en 2011, plus de 1,1 milliard de bénéfices, disposait de près d'un milliard et demi de liquidités et avait augmenté de 20 % les dividendes de ses actionnaires. Mais cela ne lui suffisait pas : Il fallait, disait-elle, "dégraisser pour se redonner du muscle". La mauvaise graisse, ce sont les salariés. Evidemment. Et tout cela est parfaitement logique : qu'attendre d'autre d'une multinationale de la pharma ?Qu'elle chante l'Internationale ?


Merck, Serono et Alinghi sont en bateau, Serono tombe à l'eau...


Le président du Conseil d'administration de Merck, Karl Ludwig Kley, avait annoncé il y a quatre jours que le groupe allait supprimer des emplois pour réduire ses coûts. Et avait ajouté cette forte sentence héraclitéenne en guise d'explication: le monde change. Le monde, peut-être, pas les argumentaires des « dégraisseurs d'entreprises » : Merck explique qu'elle fait face à un enjeu de renouvellement et d'innovation industriels et son patron déclare qu'il va poursuivre sa  « stratégie d'internationalisation en se concentrant toujours sur l'Amérique du Nord et sur l'Asie » pour une «allocation optimale des capitaux». Traduction : on ferme Serono pour regonfler les bénéfices de Merck. Serono assurait pourtant 60 % du chiffre d'affaire du groupe (près de six milliards d'euros sur dix), et un résultat d'exploitation de plus de 300 millions d'euros, mais cela ne suffisait pas. La filiale genevoise,  que le responsable du secteur pharma de Merck qualifiait de « monstre bureaucratique », sera donc liquidée. Et le gouvernement genevois, qui ne tentera rien pour qu'il en soit autrement, jouera les andouilles, comme le fait le Conseiller d'Etat  François Longchamp : « Nous savions que l'entreprise avait des difficultés, mais nous n'imaginions pas à ce point là ». Et son parti, le PLR, demande que « les autorités genevoises prennent toutes les mesures possibles pour atténuer le choc pour les employés et faire le maximum pour les aider à retrouver un emploi qui corresponde à leurs compétences ». Bref, que les collectivités publiques jouent les pompiers. Mais dans ces réactions, pas un mot, pas l'ombre d'une idée de condamnation de la logique à l'oeuvre dans la décision d'une multinationale qui fait dix milliards d'euros de chiffre d'affaire, augmente les dividendes de ses actionnaires de 20%, mais liquide purement et simplement une filiale parce que ses bénéfices (car elle en fait) ne sont pas assez élevés, et lourde des centaines de salariés comparés à de la «  mauvaise graisse » empâtant les « muscles »... Le PLR, qui n'a rien à dire sur la décision de Merck, a cependant trouvé le moyen d'en rendre les socialistes genevois, et tout particulièrement Sandrine Salerno, quasiment responsables pour avoir critiqué une politique économique cantonale consistant à attirer à coups de cadeaux fiscaux à Piogre des sièges de multinationales, sans se soucier de la pérennité de cette installation, et en ignorant superbement la contradiction flagrante entre les intérêts de ces multinationales, leur logique, et ceux d'une économie fondée durablement sur un tissu d'entreprises réellement ancrées dans la région. Le syndicat Unia dénonce d'ailleurs lui aussi « les politiques de promotion économique des cantons de Genève et de Vaud qui attirent des entreprises internationales avec des cadeaux fiscaux sans exiger la conclusion de conventions collectives de travail, ni de contrepartie en matière d'emploi ». Et qui ensuite ferment leurs filiales genevoises parce qu'elles ne rapportent pas assez. Et s'opposent à l'organisation d'assemblées syndicales sur les différents sites promis à la casse. Ce qui ne semble pas gêner outre mesure ni le Conseil d'Etat, ni le PLR.

Petit rappel utile : Serono avait été vendue à Merck en 2006 pour seize milliards de francs par Ernesto Bertarelli (vous savez, le grand navigateur en bassin, le régatier de la Coupe America...), qui s'en était mis dix dans la poche, de ces seize milliards. Ironique, Sandrine Salerno a « une pensée émue pour celui qui a su vendre sa société à temps ». On partage l'émotion de notre Conseillère administrative préférée : après tout, il fallait bien que l'Alinghignol puisse se les payer ses jolis bateaux, non ? Au prix du naufrage de la boîte familiale, certes, mais qu'importe ?

Le  siège flambant neuf de Serono à Sécheron ressemble aujourd'hui au Titanic et Bertarelli a quitté le navire comme un vulgaire capitaine de Costa Croisière, mais c'est dans l'ordre des choses capitalistes. Serono coule, Bertarelli navigue, les salariés vont ramer.
Un sonore « Vada a bordo, cazzo ! » s'impose...

dimanche 27 mai 2012

Fonds de tiroirs


Des garde-frontières suisses, mobilisés dans le cadre de la participation de la Suisse à «Frontex», l'agence de surveillance des frontières européennes, vont patrouiller cet été sur la frontière polono-ukrainienne lors de la fête à neuneu du foot européen, l'Euro 2012 organisé conjointement par la Pologne et l'Ukraine. C'est une très, très bonne idée. Pour la prochaine coupe de Suisse de foot, on enverra des policiers municipaux patrouiller entre les cantons des équipes finalistes ? N'empêche, c'est fou ce que le foot peut mobiliser comme policiers, douaniers, gendarmes, agents de sécurité et soldats...

Drames chez les Bourbons y Bourbons (pour la casse) : le roi d'Espagne, 74 ans, s'est pété le col du fémur lors d'une chasse à l'éléphant au Botswana, entre deux appels à l'esprit de sacrifice du peuple en temps de crise, et son petit fils de 13 ans s'est tiré une balle dans le pied en maniant un fusil interdit aux enfants de cet âge... Ay Carmela, ay Carmela...

Le plan directeur communal de la Ville de Genève prévoyait la création de 360 logements en Ville en 2011, il en a été créé 363, contrat rempli donc. Mais l'objectif d'un équilibre d'un logement pour un emploi, lui, n'est pas atteint : on en est encore à 0,7 logement pour un emploi, et même, en 2011, à 3 nouveaux logements pour 10 nouveaux emplois.  Et le Conseiller administratif Rémy Pagani de tenter de pousser les multinationales établies en Ville de financer aussi la construction de logements. Ainsi, Pocter & Gamble, qui veut créer 300 emplois dans le secteur Praille-Acacias-Vernets, où le plan localisé de quartier prévoit précisément la mise à jour d'un logement nouveau par emploi nouveau, n'aurait aucune intention de financer des logements, et fait dire par sa porte-parole qu'elle n'a pas vocation à investir dans l'immobilier. Autrement dit : qu'elle n'en a rien à cirer des plans directeurs communaux et des plans localisés de quartier. C'est que ça voit grand, une multinationale... Mais manque de pot, si Procter & Gamble n'a pas « vocation à investir dans l'immobilier », la Municipalité, elle, a vocation à permettre à ses habitants, y compris à ses habitants futurs, de se loger correctement, et sans se ruiner. Y 'a des fois où le choc du politique et de l'économique se traduit clairement : on y est en plein, là...

Une initiative populaire a été (ou va être) lancée en Suisse alémanique (avec le renfort de quelques idiots utiles romands, genre Freysinger, Sandoz et Baettig) pour protéger les enfants de la « sexualisation à l'école maternelle et à l'école primaire» -entendez : les cours d'éducation sexuelle, donnés depuis trente ans en Romandie où ils ne font plus débat, mais qui ont enflammé la droite la plus conservatrice lorsqu'elle a appris qu'à Bâle, une « Sex-Box » (une boîte d'accessoires pédagogiques) contenait des organes sexuels en peluche ou en bois. Pour les initiants, l'éducation sexuelle doit être donnée par les parents, pas par l'école. Il ne leur est apparemment pas venu à l'idée que si l'école s'en est chargée, c'est précisément parce que les parents ne le faisaient pas, ou le faisaient mal. Bref, pour eux, aucun cours d'éducation sexuelle ne devrait être donné à des enfants de moins de neuf ans (le naissance dans les choux ou les roses, ça doit suffire, à cet âge là), puis ils devraient être facultatifs entre 9 et 12 ans, et obligatoire, mais sur la reproduction humaine (et pas sur des trucs comme le plaisir, l'homosexualité, ce genre de cochonneries, quoi), dès 12 ans. Notez bien qu'ils ne proposent pas que ces cours soient donnés par des curés. Trop occupés à se taper les enfants de choeur, sans doute, les curés.

Les connards du jour : Un sous-officier a été, mollement, condamné en deuxième instance, en mars dernier pour le viol d'une soldate, dans une caserne alémanique il y a quatre ans. Il a donc fallu quatre ans à la justice militaire (qui comme chacun sait est à la justice ce que la musique militaire est à la musique) pour statuer. Et quand on écrit «statuer»...  le violeur a bien été condamné à 22 mois de prison, mais avec sursis (dans un premier jugement, il avait pris 24 mois, dont 6 fermes, mais en deuxième instance, la peine a été réduite parce que son taux d'alcoolémie a été considéré comme une sorte de circonstance atténuante). Et il n'a pas été exclu de l'armée (ça aurait été dommage de se priver d'un si bel élément ?), mais seulement renvoyé au statut de simple soldat.  Avec des explications confondantes de la part de son avocat : «  cette affaire a mis une fois de plus en lumière les méfaits de l'alcool souvent consommé en trop grandes quantités lors de certains cours de répétition. Parfois les soldats sont ivres plusieurs jours d'affilée ». Les sous-officiers aussi, apparemment. Et ça devrait les excuser d'être violeurs ? ça devrait pas plutôt condamner l'armée, en plus de les condamner eux ? Non, répond l'avocate de la victime : « le comportement du sous-officier est d'autant plus regrettable qu'il ternit gravement l'image de l'armée suisse ». C'est vrai que ça, c'est un crime autrement plus grave que celui de violer une soldate. Et la même avocate de la victime d'en remettre une couche en trouvant «pleinement justifiée » la dégradation du sous-officier en simple soldat, parce qu'il a été «indigne de sa fonction». D'où il ressort qu'il est parfaitement digne d'être soldat. Et donc que l'armée est parfaitement digne d'enrôler ce genre de connards.
Sur une demie-page de son toujours roboratif communiqué de presse, après sa séance du mercredi, le Conseil d'Etat nous informe qu'il a « infligé un avertissement à M. Thierry Durand, conseiller administratif de la commune de Plan-les-Ouates, pour violation de ses devoirs de fonction imposés par la législation », coupable (et condamné à une peine pécuniaire de 30 jours-amende d'un montant de 160 francs le jour, assortie d'un sursis de 3 ans) d'avoir voté deux fois, dont une en utilisant le matériel électoral de sa fille, alors en voyage à l'étranger. Et donc, au terme d'une procédure disciplinaire ouverte en juin de l'année dernière, le Conseil d'Etat a choisi de n'infliger à l'intéressé qu'un avertissement. Il a en effet considéré que la violation par M. Thierry Durand de ses devoirs de fonction imposés par la législation n’est pas d’une gravité telle qu'elle justifierait une révocation, et que le Conseiller administratif a « convenu avoir agi de façon erronée, mais aussi de manière spontanée, comme un père à qui son enfant demande de lui rendre un service »... Attendrissant, non ? Il a fallu dix mois au gouvernement  pour en arriver à cette benoîte conclusion ? Ben oui, il a fallu dix mois. Il s'en passe des choses, à Plan-les-Ouates. Et on s'en préoccupe avec gravité, à la Tour Baudet... C'est bon, de savoir qu'on a un gouvernement qui gouverne...

Une locataire genevoise a obtenu du Tribunal fédéral une diminution de plus de 70 % (soit de près de 1100 francs) du loyer de son trois pièces de 48 m2, qui passe donc de 1500 à 410 francs par mois, parce que le propriétaire a été incapable de justifier le presque quadruplement du loyer exigé (il avait seulement expliqué qu'il s'alignait sur les loyers du quartier). Commentaire parfaitement judicieux de la secrétaire générale du Rassemblement pour une politique sociale du logement, Carole-Anne Kast : « la grande majorité des loyers genevois sont (aussi) abusifs et donc illégaux au regard du Code des obligations». Lequel Code des Obligations n'est pourtant pas un codex gauchiste... Bon, ben on s'y attelle quand, à la généralisation du principe du loyer proportionnel au revenu (comme le pratique la Ville de Genève pour les locataires de sa Gérance Immobilière) ?

La « Tribune » de samedi nous annonce sur une pleine page le résultat du premier concours d'architecture organisé pour le secteur du PAV. Il porte sur une petite parcelle de Carouge et y prévoit deux tours de dimension humaine (15 étages) accueillant 158 logements, dont 70 % de logements d'utilité publique (70% de 158, ça fait 110,6 logements, le compte n'est pas très rond, ou alors le 0,6 logement c'est la niche du chien?). Les deux tours ont été baptisées Castor et Pollux. C'est une idée marrante, quand on se souvient que Castor et Pollux, enfants de bonne famille (frères d'Hélène et de Clytemnestre et fils de Jupiter et de Leda) s'aimaient si tendrement qu'ils ne se quittaient pas et que lorsque papa Jupiter accorda l'immortalité à Pollux, celui-ci la partagea avec Castor, de sorte que qu'ils vivaient et mouraient alternativement. Ce qui présage d'un destin intéressant pour les deux tours qui portent leur nom et qu'on ne va pas se risquer pour autant à appeler « tours jumelles», ça porte la poisse.

On retient notre souffle : «  Le Servette FC a trois semaines pour satisfaire la juge et la Ligue », titre « La Tribune de Genève » du 20 avril, à propos de l'ajournement de faillite du club de foot de Piogre. C'est vrai que les préliminaires, ça va un moment. Surtout si au bout du compte on ne sait pas qui va se faire baiser. Bref, le SFC a demandé le 19 avril un nouvel ajournement d'un mois (il en avait déjà obtenu un) de sa mise en faillite, en promettant qu'il peut faire face à ses charges courantes (salaires et charges sociales), que son surendettement ne s'est pas aggravé et qu'il a trouvé suffisamment de partenaires, de mécènes et de sponsors  pour poursuivre sa route en division d'élite. Mais le club sait déjà qu'il n'obtiendra pas d'un coup, en première instance, sa licence pour y jouer la saison 2012-1013, en division d'élite, et qu'il devra déposer des preuves qu'il est sorti de la mouise financière. Il a jusqu'au 10 mai pour le faire. Il lui faut donc négocier avec 211 créanciers, payer les uns, convaincre d'autres d'abandonner leurs créances, ou de les réduire, ou d'accepter des paiements échelonnés. Le nouveau patron du SFC, Hugh Quennec, assure avoir trouvé des partenaires et des mécènes pour plusieurs millions. Et assure qu'il s'agit de « gens qui ont des moyens et une très bonne réputation ». Ce qui, s'agissant de financiers du sport professionnel, limite déjà considérablement le champ des possibilités. Et le patron du club d'annoncer qu'il a pris contact avec un cabinet d'architectes londoniens et une société américaine pour « exploiter au maximum l'enceinte de la Praille. De tout redynamiser ». De tout redynamiter, ça serait pas plus simple ?




vendredi 25 mai 2012

Placebo migratoire : Le Conseil fédéral active la clause de sauvegarde des apparences


Le Conseil fédéral a décidé d'« activer » la « clause de sauvegarde » prévue dans l'Accord passé avec l'Union Européenne sur la libre circulation, et d'imposer dès le 1er mai, pour un an renouvelable une fois, des contingents d'immigrants pour les ressortissants polonais, hongrois, tchèques, slovaques, slovènes, lettons, estoniens et lituaniens. Le gouvernement suisse justifie cette mesure, critiquée par l'Union européenne, par la pression démographique exercée sur le pays, le dumping salarial qu'entraînerait l'immigration et la concurrence exercée par de « faux indépendants » venant des pays désormais contingentés. Or la mesure prise ne répond à aucun de ces problèmes, ne concerne que 6 %, tout au plus, de l'immigration en provenance de l'Union Européenne, et, comme le Conseil fédéral lui-même le sait, son remède n'est qu'un placebo...

Quand un gouvernement se transforme en sémaphore, il gesticule. Quoi d'autre ?

En « actionnant la clause de sauvegarde » prévue dans l'accord de libre circulation avec l'Union Européenne, le Conseil fédéral ne se fait pas d'illusion sur l'efficacité concrète de sa décision : il a voulu donner un signal, c'est fait. Le signal est inconsistant, mais quand un gouvernement se transforme en sémaphore, on ne va pas en attendre autre chose qu'une gesticulation. Et donc, le gouvernement suisse gesticule. Dans le vide : la mesure qu'il prend ne concernera, au maximum, que 4000 personnes (virtuelles demandeuses d'un permis B), soit moins d'un immigrant européen sur quinze; d'autre part, la Roumanie et la Bulgarie, ne sont pas concernées, puisque la liberté de circulation ne s'applique pas à elles. La mesure ne s'applique pas non plus aux autorisations de courte durée, qui resteront en nombre illimité même pour les huits pays « contingentés ». Enfin, dès 2014 au plus tard, leurs ressortissants retrouveront leur totale liberté de circulation. Bref, on pisse dans un violon en espérant que la musique de cette miction calmera les esprits xénophobes avant que l'on se prononce sur une initiative udéciste (elle vient de l'ASIN, mais le tonneau est le même) demandant la ratification obligatoire des traités internationaux par le peuple.

D'ailleurs, à l'exception de l'UDC, du PDC et du PLR (qui regrette que le contingement ne soit pas décidé clairement pour deux ans), à peu près tout le monde, à gauche et à droite, considère l'exercice auquel se livre le gouvernement suisse comme un peu vain. Même le Conseil fédéral admet, par la voix de Simonette, que les contingents ne règleront rien. L'Union Suisse des Paysans proteste : le contingentement va augmenter les coûts salariaux dans les exploitations à production intensive (bon, de cela, à vrai dire, on se fout un peu), le Parti Socialiste et l'Union Syndicale relèvent qu'aucune réponse ne peut être donnée de cette manière ni à la sous-enchère salariale, ni au contournement du droit du travail par de « faux indépendants », ni à la surchauffe immobilière provoquée par l'installation de personnel importé par les multinationales (elles ne l'importent pas d'Europe de l'est...) et l'Union patronale et Economiesuisse ne voient aucune utilité à prendre une mesure de contingentement pour répondre à des problèmes qui ne découlent pas de la libre circulation.

Alors quoi ? Alors rien : le contingentement temporaire de l'immigration de ressortissants de huit pays de l'est européen ne répond ni à la nécessité de lutter contre la sous-enchère salariale, ni à celle de renforcer la protection des travailleurs contre les violations du droit du travail et des conventions collectives, ni à une très illusoire urgence de lutter contre une non moins illusoire invasion étrangère: il ne répond qu'au besoin politique, intérieur, du gouvernement de convaincre l'électorat de l'UDC et de ses avatars plébéiens locaux (la Lega, le MCG) qu'il prend au sérieux ses inquiétudes. Mais sans se résoudre à y répondre concrètement, comme le demandent la gauche et les syndicats, en renforçant les mesures d'accompagnement, en durcissant la législation protégeant les droits sociaux, en sévissant contre la sous-traitance aux «faux indépendants», en acceptant, enfin, d'instaurer un salaire minimum légal. Toutes mesures qui seraient infiniment plus efficaces que les gesticulations sémaphoriques de mercredi, mais qui, évidemment, ne complairaient pas à ceux à qui elles servent la soupe, et que la situation actuelle, finalement, arrange autant que l'impuissance volontaire de la droite à y faire face.

mercredi 23 mai 2012

Après la « préférence cantonale », la « préférence municipale » ?


Les frontaliers, nouveaux Intouchables ?

La Ville de Genève doit « donner la priorité aux résidents genevois lors des engagements de personnel » dans ses services, demande une motion déposée en janvier au Conseil Municipal de la Ville par le MCG, motion dont le Conseil a refusé le traitement en urgence. D'abord parce que la social-xénophobie étant une nevrose endémique, on ne voit pas quelle urgence particulière il y aurait à en discourir. Ensuite, parce que le texte même de la motion est à l'image du parti qui l'a déposée : confus, péremptoire et démagogique. Mais assez dans l'air vicié du temps. Le discours tenu par les hérauts de la préférence de résidence est simple : on a besoin des frontaliers, mais au plus bas niveau de responsabilité possible, en recréant avec les frontaliers ce qu'on avait supprimé en abolissant le statut de saisonniers : une caste d'exécutants. Nos Intouchables...


Une trinité genevoise : la commune, le canton, la région


La « préférence cantonale » est politiquement assez tendance, à Genève, en ce moment (elle a même ses partisans à gauche). Au point qu'on ne s'étonne pas de la voir maintenant doublée d'une « préférence municipale », participant de la même logique et des mêmes calculs... et qu'on attend avec gourmandise la suite : une préférence de quartier, d’ilot, d'immeuble ou de palier... Après tout, s'il est légitime de privilégier l'embauche de résidents du canton dans un service public cantonal en oubliant la région au passage, il l'est tout autant de privilégier l'embauche de résidents de la commune dans un service public communal en oubliant le canton, ou de résidents du quartier dans un service de quartier en oubliant la commune... La Ville devrait encourager l'emploi des résidents de Genève en priorisant l'engagement de «résidents genevois» considère une motion èmecégiste au Conseil municipal de la Ville. On devrait donc, logiquement, comprendre que ce sont les résidents de la Ville de Genève dont l'emploi devrait être encouragé, par distinction des résidents des autres communes ? Ou alors de qui, et de quelle Genève parle-t-on ? des résidents du canton ? Des résidents de la région ? Car il y a bien trois Genève : la Commune, la République et la Région. Mais ce sont trois Genève en une, c'est notre trinité à nous. Une et indivisible, puisqu'aucune de ces trois Genève n'est concevable sans les deux autres. La Commune étoufferait sans la République, la République serait asphyxiée sans la région et il n'y aurait pas de région sans la Ville. « Sans les frontaliers, les hôpitaux universitaires genevois ne fonctionneraient simplement pas », reconnaît le Conseiller d'Etat Unger. Les TPG non plus ne fonctionneraient pas sans les frontaliers. Ni les Services Industriels. Ni l'Université. Ni la voirie. Ni le Grand Théâtre... et sans les frontaliers, la police ne fonctionne pas, et sans les frontaliers, le MCG ne sait pas de quoi parler...

Nous avons à défendre les travailleurs, les travailleurs en Suisse puisque nous sommes en Suisse, à Genève puisque nous sommes à Genève, en Ville de Genève puisque nous sommes en Ville de Genève, mais nous avons à les défendre toutes et tous. Indigènes et Immigrants, résidents et frontaliers, statutaires et sans papiers, salariés et indépendants. Et nous avons à les défendre d'abord contre le patronat, voire, le cas échéant, contre l'Etat (ou la commune) -pa les uns contre les autres, en choisissant celles et ceux qui méritent d'être défendus parce qu'ils votent et celles et ceux qu'on peut laisser tomber parce qu'ils ne sont électoralement pas intéressants. Nous avons à les défendre parce que nous sommes à Genève et qu'eux aussi. Et, qu'on nous pardonne cette distinction maurrassienne qui ne sort pas du pot commun des références de gauche, mais on parle pour ne rien dire si on se contente de parler de la Genève légale en oubliant la Genève réelle, et qu'on borne Genève à la Genève municipale de 200'000 habitants, ou à la Genève cantonale de 500'000 habitants, en oubliant la Genève de bientôt un million d'habitants dans 200 communes. Cette Genève là n'a sans doute encore aucune instance démocratique pour la représenter, mais toutes ses habitantes et tous ses habitants sont habitantes et habitants de la Genève réelle, toutes ses travailleuses et tous ses travailleurs sont travailleuses genevoises et travailleurs genevois, et toutes ses chômeuses et tous ses chômeurs sont chômeuses et chômeurs genevois. Ce sont eux, et elles, et leur situation réelle qu'il nous faut prioriser, et pas le hasard ou la nécessité de leur lieu de résidence.
Car si les pensées de certains ont peine à franchir les limites de la commune ou du canton, le chômage, le sous-emploi, les licenciements, la négation des droits sociaux et le dumping salarial, eux, les ignorent superbement, ces limites communales ou cantonales. Et tant qu'on confinera nos projets politiques dans notre bac à sable municipal ou notre pataugeoire cantonale, ces projets ne vaudront certainement pas le temps passé, ou plutôt trépassé, à en débattre.